De Romane Boogaerts  •  Publié le 16 juin 2017

C’est dans un petit café chaleureux de Lille, rue de Béthunes, que Romane a eu l’occasion d’aller à la rencontre de Clément Morelle : Il est chargé de casting et travaille régulièrement avec le réalisateur Bruno Dumont. Ils ont notamment collaboré sur les films Le P’tit Quinquin et Ma Loute pour les plus connus. Nous avons discuté de son travail, son parcours et de son ressenti à propos du monde du cinéma et de ses projets.

Romane : Est-ce que vous pouvez définir ce qu’est un chargé de casting, me décrire un peu votre métier ?

Clément Morelle : Dans le casting, il y a deux pôles principaux : le casting des rôles et le casting des figurants. Le chargé de casting s’occupe de trouver les figurants, et c’est ce que j’ai fait pour les films sur lesquels j’ai travaillé.

Romane : Est-ce que vous avez une spécialité comme par exemple la recherche d’adultes, d’hommes uniquement, de femmes uniquement, d’enfants ?

Clément Morelle : Pas spécialement, non. Je fais actuellement du casting sauvage mais dans ma carrière, j’ai été amené à chercher des acteurs pour tout type de rôle. Avec Bruno Dumont, c’est un peu différent parce que tous les rôles, jusqu’au premier, sont trouvés à partir du casting sauvage. C’est comme ça que Brandon Lavieville a été choisi pour le rôle de Ma Loute.

Romane : Quelles sont les étapes à passer quand vous commencez une recherche de comédiens ?

Clément Morelle : Ça dépend des projets et de ce que l’on cherche, ce que l’on cible. Tout dépend des envies du réalisateur en règle générale. Il faut d’abord lire le scénario dans un premier temps. Puis en déduire la psychologie du personnage, emmagasiner les informations, les caractéristiques, les comportements etc. Les détails de figuration sont important à prendre en compte aussi. Ensuite, pour les comédiens professionnels, je publie des annonces et contact pôle emploi principalement. Pour les comédiens non professionnels, c’est différent parce qu’il faut trouver un moyen, un support. C’est là que le sujet du projet intervient : s’il faut trouver un fermier, je vais devoir aller visiter des fermes par exemple. Mon métier c’est ça aussi, aller à la rencontre des gens. Un directeur de casting travaille parfois avec un fichier qu’il va réutiliser plusieurs fois. Moi, je préfère toujours trouver de nouvelles personnes, donner des opportunités à plus de gens, ouvrir mon cercle. Rencontrer c’est très enrichissant.

Romane : Comment se passent les castings d’acteurs non professionnels ?

Clément Morelle : Pour trouver un personnage, l’espace dans lequel sa spécificité première se trouve est à prendre en compte dès le début : il faut trouver l’espace où les profils ont plus de possibilité de se situer. Il y a de multiples spécificités. Si c’est une spécificité professionnelle comme un fermier, j’ai plus de chance de trouver quelqu’un qui sait “faire le fermier”, dans une ferme plutôt qu’ailleurs. Si c’est une spécificité de comportement ou de personnalité comme une lesbienne, je vais contacter des associations d’écoute par exemple ou aller visiter des bars LGBT. Si c’est une spécificité physique comme une personne handicapée, je vais me renseigner auprès des structures faites pour les personnes handicapées etc. Chaque nouvelle rencontre est parfois un intermédiaire. Alors s’offre à moi une arborescence d’autres rencontres, puisque ces intermédiaires vont connaître d’autres personnes qui connaissent d’autres personnes etc. Pour le choix du casting en lui-même, je fais passer d’abord des entretiens puis des essais de manière à adapter soit mes recherches soit mon approche.

Romane : Que cherchez-vous chez ces acteurs ?

Clément Morelle : Quand cherche des non professionnels, on cherche une personne qui va être le personnage. On ne peut pas lui demander de jouer puisqu’il n’est pas acteur. Je ne cherche pas des simulateurs mais au contraire des personnes qui correspondent à un rôle, qui seront “à la place” d’un personnage.

Romane : Depuis combien de temps utilisez-vous MyRole ? Qu’est-ce que cela vous apporte ?

Clément Morelle : J’ai découvert MyRole sur la production de Dunkerque le film de Christopher Nolan. J’étais chargé de file, je m’occupais d’une équipe de figurants. Ce que j’ai aimé avec MyRole c’est la facilité avec laquelle j’ai pu travailler que je n’ai trouvée nulle part ailleurs. Gérer une figuration dans son recrutement devient moins difficile parce que tout à coup on a toutes les informations dans son téléphone. Avant, les fiches de renseignement étaient sur papier et non numériques. Le système de classification avec les tags est un outil que j’apprécie particulièrement, en cas de recherche de figurant de dernière minute puisqu’à l’aide des tags, je trouve rapidement les profils qui correspondent et peux faire une sélection immédiate pour le réalisateur. MyRole c’est un gain de temps énorme pour moi qui suit chargé de casting.

Romane : Qu’est-ce que vous a mené à ce métier du coup ? Pourquoi ce métier là et pas un autre ?

Clément Morelle : J’étais à l’université à Lille, en cinéma, quand j’ai rencontré Claude Debonnet, premier assistant réalisateur et directeur de casting de Bruno Dumont. Il a proposé un stage à toute la classe et je me suis retrouvé tout seul à lever la main. Ce stage s’est très bien passé. Puis j’ai fini mes études et j’ai commencé à travailler en tant qu’assistant réalisateur. Un jour, Claude Debonnet m’a rappelé parce qu’il partait et je suis venu travailler sur la série P’tit Quinquin de Bruno Dumont. Depuis, Bruno Dumont continue de m’appeler. Au final, ma carrière s’est construite un peu par hasard et j’en suis très content. Il y a une dimension sociale dans le cinéma de Bruno Dumont qui me plaît particulièrement. Il permet à des personnes non destiné au ce milieu dans faire parti le temps d’un film.

Romane : Est-ce qu’il y a un projet dont vous êtes spécialement fier et pourquoi ?

Clément Morelle : Dans tous les projets, j’estime qu’il y a des bons et mauvais points. Par exemple, je suis très content du film Ma Loute qui a été en sélection officielle à Cannes et aux Césars. J’en suis fier et d’un autre côté un peu déçu parce que Fabrice Luchini a été sélectionné mais pas Didier Despret (le commissaire). Tant mieux pour Fabrice mais dommage pour Didier. Cette personne n’a pas d’agent pourtant il tenait un des rôles principaux et aurait apprécié cette reconnaissance. Être sélectionné aurait été une aventure incroyable dans sa vie, lui qui ne pensait pas à jouer dans un film un jour. De ce fait, je ressens une déception par rapport à mes acteurs, ceux que j’ai trouvé, parce qu’au final, une partie de la profession ne les reconnaît pas…

Voici la bande annonce de Ma Loute :

Propos recueillis par Romane Boogaerts.